L’incroyable Histoire du Taxi : Du Char Romain au Smartphone —
Taxi Romain
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Vous pensez que le taxi est une invention moderne ? Détrompez-vous. L’histoire du taxi est une épopée de 2 000 ans — avec des Romains pressés, un saint irlandais, 600 voitures réquisitionnées pour sauver Paris, et une appli californienne qui a bien failli tout faire capoter. Installez-vous confortablement. On démarre le compteur.
L’Antiquité : quand Rome inventait le taxi… et le compteur
Commençons là où tout commence : dans les rues encombrées, bruyantes et franchement malodorantes de la Rome antique. Les riches Romains, qui n’avaient aucune envie de se salir les sandales dans la boue des rues pavées, avaient inventé toute une palette de moyens de transport à louer. Parmi eux, le cisium : un petit cabriolet léger à deux roues, tiré par un ou deux chevaux ou mulets, conduit par un cocher qu’on appelait le cisarius. On pouvait en louer aux portes des villes. Deux personnes maximum, déplacement rapide, paiement à la course.
Mais le détail qui surprend vraiment, c’est que les Romains avaient déjà inventé un ancêtre du taximètre. Ce mécanisme ingénieux, fixé aux roues du char, relâchait une petite bille dans un récipient tous les 1 500 mètres environ. À la fin de la course, le conducteur comptait les billes pour calculer la facture. Difficile de les accuser de surfacturation — le client pouvait vérifier lui-même !
L’idée fondamentale du taxi — payer pour un trajet privé, avec un prix lié à la distance — est donc vieille de plus de deux millénaires. Tout le reste n’est que mise à jour technologique.
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Le XVIIe siècle : naissance du Fiacre et de la réglementation
Avançons de quelques siècles. On est en 1637, rue Saint-Martin à Paris. Un certain Nicolas Sauvage — facteur des maîtres de cochers d’Amiens — ouvre un dépôt de voitures de louage avec cocher. Son parc ? Vingt carrosses. Son adresse ? En face d’un hôtel à l’enseigne de Saint Fiacre, un saint irlandais du VIIe siècle, patron des jardiniers et… des cochers de Paris. Allez comprendre.
Les carrosses de Nicolas Sauvage prennent le nom de leur voisinage : les fiacres. Et hop, voilà le premier service de voitures à la disposition du public à Paris. La chaise à porteurs est détrônée. Le transport urbain privé et payant est né.
Dès l’origine, les autorités comprennent la nécessité d’encadrer ce nouveau service. Face aux embouteillages (déjà !) et aux tarifs parfois abusifs, les premières licences sont délivrées et les premiers tarifs officiels sont fixés. Le principe qui protège encore aujourd’hui les passagers de taxi — un prix réglementé, contrôlé par l’État — est né à cette époque.
À Londres, la même époque voit naître les « Hackney Carriages », ancêtres des célèbres Black Cabs londoniens qui sillonnent encore la capitale britannique aujourd’hui.
En 1657, Louis XIV — le Roi Soleil, grand amateur d’ordre — signe une ordonnance royale pour réglementer les fiacres. Chaque véhicule reçoit un numéro d’identification. Le cocher doit maintenir son fiacre en bon état. Et surtout — ceci ne vous surprendra pas — il ne doit avoir aucune condamnation, respecter la réglementation et avoir « une ligne de bonne conduite et de savoir vivre.
Le casier judiciaire vierge pour exercer le métier de chauffeur ne date pas d’une loi récente. C’est une exigence vieille de plus de 350 ans.
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La fin du XIXe siècle : du cheval au moteur, naissance du mot « Taxi »
L’invention du taximètre : le compteur change tout
1867 : le franco-russe Stéphane Drzewiecki invente à Paris un premier compteur kilométrique pour les fiacres. Mais c’est en 1891 que l’ingénieur allemand Friedrich Wilhelm Gustav Bruhn dépose le brevet du taxameter moderne à Berlin. Il soumet son invention aux constructeurs automobiles. Le premier véhicule équipé de cette invention ? Une Daimler Victoria à essence, en 1897.
Le mot taxi vient directement de là : taxameter est formé du radical grec taxi (qui signifie « tarif fixé », « arrangement ») et du suffixe meter (« mesure »). En 1900, Paris adopte officiellement le principe pour tous les cochers. Les véhicules équipés de cet appareil s’appellent désormais « fiacres à taximètre », puis « taxi-auto », puis tout simplement : taxi.
En 1907, à New York, un entrepreneur visionnaire du nom de Harry N. Allen importe des voitures françaises et les fait peindre en jaune vif pour qu’elles soient repérables de loin dans la circulation. C’est la naissance du mythique Yellow Cab américain, icône de toute une culture.
Le mot « taxi » ne désigne pas la voiture. Il désigne le compteur. C’est l’appareil qui a donné son nom au métier — parce que mesurer le prix justement, c’était déjà toute la philosophie du service.
— D’après l’étymologie du mot, Dictionnaires historiques
Ce petit boîtier mécanique a révolutionné les rapports entre passager et chauffeur. Fini les négociations, les prix inventés à la tête du client, les conflits au bord du trottoir. Le compteur protège le passager. C’est sa seule et unique mission — une mission qu’il remplit encore aujourd’hui, contrôlé chaque année par un mécanicien agréé, avec son carnet métrologique à jour.
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L’automobile entre en scène : Renault et la modernité
À la fin du XIXe siècle, les ingénieurs s’emballent. En 1897, Paris teste même le premier fiacre électrique — il roule à 20 km/h et transporte trois personnes. Impressionnant pour l’époque. Mais il n’est pas rentable, et il sera abandonné en 1902.
C’est finalement le moteur à essence qui l’emporte. En 1902, naît la G7, première grande compagnie de taxi à Paris. Trois ans plus tard, en 1905, Renault lance son modèle AG1 — un cabriolet à 2 cylindres, vitesse maximale 35 km/h. La grande majorité des véhicules construits entre 1905 et 1914 iront directement dans l’industrie du taxi. Le cheval disparaît du paysage urbain. L’automédon (le chauffeur de l’ère motorisée) prend les rênes.
PETIT FAIT AMUSANT
À l’époque des premières automobiles-taxis, les cochers sans licence fixaient leurs prix « de gré à gré » — comprenez : au feeling, à la tête du client, selon leur humeur du moment. Pour y mettre bon ordre, un arrêté préfectoral impose des drapeaux de couleurs différentes sur les véhicules pour indiquer les tarifs pratiqués. C’était le précurseur de notre bon vieux compteur à lettres A, B, C, D.
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Les Taxis de la Marne : quand les chauffeurs ont changé l’Histoire
Nous sommes en septembre 1914. La Première Guerre mondiale vient d’éclater. Les troupes allemandes déferlent vers Paris. Le général Joseph Gallieni, gouverneur militaire de la capitale, a un problème urgent : il faut envoyer des renforts au front de la Marne en urgence, mais les trains sont saturés.
Sa solution ? Les taxis. Le général réquisitionne entre 600 et 700 taxis parisiens— essentiellement des Renault AG1. Ils circulent de nuit, tous feux éteints pour ne pas être repérés par l’ennemi. Chaque voiture effectue deux allers-retours avec cinq soldats et leur matériel. En quelques heures, ce sont environ 6 000 soldats qui rejoignent le front.
Les « Taxis de la Marne » sont entrés dans la légende. Ils symbolisent ce que le taxi représente depuis toujours : un service de proximité, ancré dans son territoire, capable de se mobiliser quand la situation l’exige. Une belle leçon d’histoire qui dit beaucoup sur l’âme de ce métier.
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Le XXe siècle : structuration d’une profession
Après la guerre, le métier se structure sérieusement. En 1921, les premiers syndicats de taxi voient le jour. En 1938, l’horodateur fait son apparition pour surveiller le temps de travail des chauffeurs. La même année, la Fédération Nationale des Artisans du Taxi (FNAT) est créée — elle obtient dès 1939 une subvention sur l’essence pour tous les taxis, parisiens et provinciaux.
La Seconde Guerre mondiale frappe durement : les taxis disparaissent presque totalement, faute de carburant. Les vélos, calèches et chevaux font leur réapparition dans les rues parisiennes. En 1945, il ne reste qu’une centaine de taxis à Paris.
Puis la reconstruction. Les années 50 voient le taxi se moderniser et se normaliser. En 1954, la lanterne lumineuse « TAXI » devient obligatoire sur le toit — le fameux champignon que vous connaissez. En 1961, l’organisation du taxi passe sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. Les premières bornes téléphoniques pour appeler un taxi depuis son domicile apparaissent à Lille en 1961.
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Le XXIe siècle : la mutation numérique et les nouveaux défis
Années 2010. Un service californien appelé Uber débarque en France avec une promesse séduisante : plus besoin de lever le bras au bord du trottoir, il suffit d’un smartphone. La « maraude électronique » — l’idée de commander un transport comme on commande une pizza — bouleverse les habitudes.
Les plateformes VTC (Voitures de Tourisme avec Chauffeur) prolifèrent : Uber, Bolt, Kapten, Heetch… Elles recrutent des chauffeurs à tour de bras, leur promettent liberté et revenus confortables. Les taxis descendent dans la rue pour protester contre une concurrence qu’ils jugent déloyale. Le gouvernement tente de réguler avec la loi Thévenoud en 2014.
Mais le taxi ne se laisse pas enterrer. Il prend lui aussi le virage numérique : applications mobiles officielles, géolocalisation, paiement sans contact. La maraude électronique permet désormais de commander un taxi depuis son téléphone, avec la garantie du tarif préfectoral et du compteur homologué.
Mais la différence fondamentale est restée intacte : le taxi, avec son compteur homologué et ses tarifs fixés par la préfecture, reste le seul service de transport qui protège véritablement le client d’une surfacturation. Cette protection, née à Rome il y a deux millénaires avec les petites billes dans un récipient, n’a jamais disparu. Elle a juste changé de forme.
Aujourd’hui, le taxi se prépare à son prochain grand saut : les véhicules autonomes et, peut-être demain, les taxis volants électriques. Le taxi a survécu au passage du cheval au moteur, et de la radio au smartphone. Sa force réside dans sa capacité à s’adapter — tout en gardant ce qui n’a jamais changé : un conducteur, un passager, une destination, un prix juste.
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✍️ Le mot du chauffeur
Quand je roule sur les routes de la Côte de Granit Rose, je pense parfois à tous ces chauffeurs qui m’ont précédé — du conducteur de fiacre parisien au taxiste réquisitionné en 1914. Le métier a changé de véhicule, mais pas d’âme. Transporter les gens en toute sécurité, connaître son territoire, être là quand on a besoin de vous : c’est exactement ce que je fais chaque jour entre Lannion, Perros-Guirec et Trébeurden.
Après 2 000 ans d’histoire, la définition officielle tient en quelques lignes — mais chaque mot compte :
Définition légale du taxi en France
Un taxi est un véhicule automobile comportant, outre le siège du conducteur, huit places assises au maximum, équipé d’équipements spéciaux (taximètre, lanterne lumineuse, terminal de paiement électronique), et dont le propriétaire ou l’exploitant est titulaire d’une Autorisation de Stationnement sur la voie publique.
En attente de clientèle sur la voie publique, le taxi effectue à la demande de celle-ci, à titre onéreux, le transport de personnes et de leurs bagages.
Derrière cette définition froide se cache une réalité humaine : le taxi est le seul transport individuel régulé par la puissance publique, avec des tarifs fixés par la Préfecture, un compteur contrôlé chaque année, un chauffeur formé, examiné, et dont le casier judiciaire est vierge. C’est un service public de mobilité, héritier de vingt siècles de transport organisé.
Du cisium romain aux applications mobiles, quelque chose n’a pas changé : la confiance entre un passager et celui qui le conduit à destination. Cette confiance, elle se construit sur des règles, du professionnalisme, et une bonne connaissance du terrain.
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